—Ce sont les paresseux qui disent cela, M. de Launoy!... Si vous vouliez accepter près de moi, votre ami, une position dont je n'abuserais jamais, je vous jure... j'ai absolument besoin d'un secrétaire.
Roger avait des larmes dans les yeux. Mais le nabab semblait plus ému que lui encore.
—Je sais bien..., reprit-il avec un embarras qui avait sa source dans la plus exquise des délicatesses, qu'un jeune homme bien né... habitué jusqu'à présent à une vie... mais, je vous le répète... je suis votre ami avant tout.
—Milord... milord! interrompit Étienne, vous voyez bien que Roger accepte... et qu'il est heureux comme moi de ne pas se séparer de vous.
—Est-ce ainsi?... s'écria joyeusement le nabab; eh bien! je ne sais pas comment vous remercier, mes amis!... Et je ne donnerais pas pour mille guinées la bonne fantaisie que j'ai eue de m'embarquer dans cette diligence!... Ah! vous serez mes fils et mes frères... et, si vous voulez, jamais nous ne nous séparerons!
—Jamais! répétèrent Étienne et Roger tandis que leurs mains étaient dans celles de Montalt.
La diligence venait de s'arrêter à la barrière de Passy. La Concurrence, arrêtée un instant auparavant, subissait, la première, la visite de la douane. Les voitures se touchaient de telle sorte que la portière de la Concurrence était à un demi-pied seulement de la portière du coupé.
Le store qui cachait les deux petits chapeaux de paille restait clos hermétiquement.
Mais, à l'instant où la petite voiture s'ébranlait, laissant la diligence subir la visite à son tour, une main mignonne souleva le store baissé, et deux papiers, jetés adroitement, tombèrent aux pieds de nos trois voyageurs.
Ce fut Montalt qui les ramassa.