«—Je vais mourir, parce que je l'aime...

«Dieu me dicta mon devoir.

«Vous me devinez, n'est-ce pas?... Je vous vois d'ici René; vous avez des larmes dans les yeux et vous dites:

«—Pauvre frère, il l'aimait donc lui aussi!...»

René interrompit sa lecture en effet, mais ce fut pour boire un grand verre d'eau-de-vie. Il s'endurcissait à plaisir, et l'épais sourire qui raillait naguère autour de sa lèvre était revenu.

Il y avait de l'horreur dans le regard timide que Marthe jetait sur lui.

«... Pauvre frère, il l'aime lui aussi, répéta-t-il comme un enfant qui épelle.

«Car, poursuivait la lettre, quand je vous ai dit en partant que je ne l'aimais pas, je vous ai trompé, mon frère.

«Je l'aimais... je l'aimais, je l'aime encore, je l'aimerai toujours!...

«Et à cause de cela, mon exil doit durer autant que ma vie. Je ne reverrai plus la France. Notre père et notre mère mourront sans me donner leur bénédiction... Priez pour moi, René, car je vous ai donné tout mon bonheur...»