—Ça fa gomme nus fulons, répliqua le noble baron Bibander.

—Pas mal, pas mal!... fit Blaise... Seulement ça ne me paraît pas assez senti... J'ai eu un portier qui était de Colmar et qui disait: Ça fa-t-il gômme fi filez?

—Voyons!... s'écria Bibandier, tout ça dépend des dialectes... Il ne s'agit pas de plaisanter ici... Vous autres, vous en prenez à votre aise... Toi, M. le Portugais, tu n'as qu'à nasiller comme un canard et à mettre de la bouillie dans ta bouche pour prononcer les s... Vous, seigneur chevalier de las Matas, il vous suffit d'enfler les mots comme un marchand de vulnéraire et de gasconner un peu en faisant ronfler les nasales... Ah! si je n'étais qu'une Essépagnoleu ou un Pourteungais, ajouta-t-il en nasillant à outrance, mon rôle serait bien facile... Mais un baron du saint-empire, morbleu!...

—Morplé!... si ça fus est écâl..., dit Graff.

—Je commence à être pas mal fort..., reprit Bibandier; mais cet Alsacien manque de méthode.

—De guoi? demanda Graff.

—De méthode! mon brave ami... Et cela tient à ce qu'on a négligé ton éducation première... Est-ce que tu saurais me mettre des papillotes, toi?

—Je grois pien! répliqua le soldat; ché suis lé pârpier di pâtaillon.

—Répétez cela! M. le baron, s'écria Blaise; voilà une phrase qui contient en germe tous les principes du baragouinage.

Mais le baron était allé chercher du papier à papillotes.