En froide morale, Louis de Penhoël, malgré l'héroïsme de son dernier dévouement, commettait une faute grave, car il n'avait plus le droit d'abandonner Marthe, qui était à lui.
Mais il avait vu René tout pâle et les larmes aux yeux; René lui avait dit: «J'en mourrai!» Il avait suivi l'élan de son cœur généreux et il avait trouvé dans le premier moment une sorte de jouissance douloureuse au fond de ce suprême sacrifice.
Quant à Marthe, c'était une enfant de seize ans. Le lien qui la rattachait à lui eût été sérieux et même indissoluble à tout autre point de vue. Mais ce lien résultait d'une aventure bizarre et devait être un mystère, dans la pensée de Louis, pour la jeune fille elle-même...
En ceci Louis se trompait.
Il se disait que Marthe l'oublierait. A l'âge qu'elle avait, les impressions ne peuvent être durables. C'était un beau jeune homme que René de Penhoël, et c'était un bon cœur. A la longue, Marthe ne pourrait se défendre de l'aimer.
En cela Louis se trompait encore.
Le lendemain de son départ, avant le lendemain peut-être, alors que sa fièvre fut passée, il changea sans doute de sentiment. Son action lui apparut ce qu'elle était en réalité: généreuse d'une part, condamnable de l'autre, mais pouvait-il revenir sur ses pas?
Les jours se passèrent, et l'amertume de ses regrets s'envenima, loin de s'adoucir. Il y avait en lui un remords, parce qu'il ne s'était pas sacrifié tout seul. Il y avait surtout une douleur incurable et profonde, parce qu'il sentait son amour grandir, et qu'il comprenait bien que son malheur était de ceux qui ne finissent point.
Il n'avait pas mesuré ses forces; il ne savait pas lui-même jusqu'à quel point il aimait.
Nous apprendrons tout à l'heure comment fut vaincue la résistance de Marthe, et par quel moyen René devint son mari.