—Quand j'étais marin, repartit l'aubergiste, ma femme restait seule durant des années.
—Pauvre comme elle est maintenant, la bonne femme!... voulut objecter encore l'oncle Jean.
L'aubergiste hésita un instant.
—Écoutez!... dit-il ensuite avec simplicité, mais de ce ton péremptoire que l'on prend pour lancer un argument sans réplique, je suis né sur Penhoël...
L'orage était passé. Nos trois fugitifs, accompagnés du vieux Géraud, descendirent vers le passage du Port-Corbeau.
La parole lugubre de Benoît Haligan pesait sur leurs poitrines oppressées.
Tandis que Géraud détachait le bac, Marthe était restée un peu en arrière.
Le vent avait chassé les nuages. La lune brillait à travers les branches mouillées. Marthe se retourna pour jeter un dernier regard sur le manoir.
Dans le sentier, éclairé à demi, elle vit deux formes connues qui se glissaient en se tenant par la main, deux jeunes filles dont la longue chevelure flottait au dernier souffle de l'orage...