Le XIVe siècle trouva l'architecture, le XVe inventa la poudre, le XVIe restaura la peinture, le XVIIe fixa la langue, le XVIIIe compila l'Encyclopédie et mangea ces petits soupers trop fameux qui nous coûtent tant de vaudevilles! Le XIXe siècle a perfectionné les moyens de transport.
C'est là sa gloire. On pourra contrôler ses autres titres: planètes devinées, conserves de tragédies, romans à la vapeur et goguettes humanitaires, mais nul historien n'aura le cœur de lui contester le macadamisage, les bornes kilométriques, le cornet à piston du conducteur, et la lampe merveilleuse qui chauffe en hiver les pieds des voyageurs.
Nous ne parlons pas même des chemins de fer. La diligence seule eût suffi pour créer à notre âge une spécialité honorable.
La diligence si dédaignée!...
L'empire n'est pas encore bien loin de nous, et pourtant si nos jeunes messieurs les voyageurs du commerce voyaient surgir tout à coup une de ces lourdes et incommodes machines auxquelles étaient réduits leurs devanciers, les simples commis voyageurs, ces aimables fils, frémiraient jusque dans leurs breloques.
La restauration fit des progrès, il faut l'avouer; mais, en 1820, les voitures publiques avaient encore cette physionomie de coucou qui révolte et fait honte. On mettait trois jours et trois nuits pour aller de Rennes à Paris. On couchait en route; on faisait des relais de sept lieues avec deux ou trois rosses asthmatiques. Enfin des choses qui semblent dater du déluge!
Il a suffi d'une vingtaine d'années pour aplanir les montagnes, combler les fondrières, civiliser les pataches, guérir les chevaux et mettre dans tous les compartiments des diligences restaurées cette jolie petite revue, qui porte aux points les plus reculés de notre France la renommée de la pâte Regnault et les épiques dissensions des dents osanores.
Il était environ huit heures du matin. Dans la cour de l'hôtel des messageries, à Rennes, on faisait beaucoup de bruit et l'on se donnait beaucoup de mal. C'était le départ pour Paris. Au milieu de la cour, stationnait une voiture jaune, étroite par la base, large par le haut, et dont la construction semblait calculée pour obtenir le plus d'accidents possibles. Autour de cette voiture, à laquelle s'attelaient déjà trois chevaux, réformés pour diverses maladies, un monde de facteurs, de voyageurs et de mendiants se pressait.
Il y avait là cette famille qui occupe l'intérieur des diligences depuis le commencement des temps: le père avec son bonnet de soie noire et le grand sac de nuit; la mère qui porte le panier aux provisions, bourré de veau froid, et dont le couvercle trop petit laisse passer le goulot des bouteilles; les deux demoiselles qui se sont coiffées de chapeaux antiques pour mettre ceux du dimanche dans la malle; et la bonne revêche, avec les trois petits enfants, payant demi-place, dont le roulement de la voiture va bientôt déranger les jeunes estomacs...
Cette famille encombre à elle seule une cour de messageries, tant elle a d'amis qui viennent pleurer sur son départ et lui souhaiter bon voyage. Elle se charge des commissions de toute une ville; quand elle part, la malle-poste n'a plus rien dans ses coffres.