Il y avait, pour la rotonde, le petit jeune homme qui va faire son droit à Paris, emportant avec lui le cher manuscrit de cette tragédie que le Théâtre-Français, hélas! ne voudra point jouer; la petite fille, sournoise et pauvre, que vous rencontrerez peut-être, au bout d'un mois, pimpante et bien changée dans une loge de l'Opéra; enfin, la nourrice discrète, vaste, rouge, qui va voir si Paris lui garde un rejeton royal à allaiter.

Pour l'impériale, deux hommes à moustaches et à pipes.

Restait ce compartiment aristocratique: le coupé, que l'on nommait à Rennes, en ce temps, le cabriolet.

Dans la foule bavarde et attendrie qui entourait la voiture, on se disait qu'un monsieur, venant de Brest, avait pris le cabriolet pour lui tout seul. On ajoutait, entre deux poignées de mains arrosées de larmes, que ce monsieur était un Anglais, et que les Anglais sont des originaux qui ne font rien comme tout le monde.

Les mendiants et les désœuvrés qui l'avaient vu arriver, la veille au soir, affirmaient qu'il était bel homme et militaire, pour sûr.

Il était descendu à l'hôtel de France, dont les portes donnent sur la cour même des messageries. Là, il avait trouvé deux grands nègres et une dame avec ses servantes. Toutes ces personnes, qui semblaient faire partie de sa maison, étaient arrivées à Rennes en même temps que lui, mais dans deux chaises de poste surchargées de bagages.

Pourquoi voyageait-il seul dans le cabriolet, tandis que la dame était en chaise de poste? Pourquoi surtout les deux grands nègres s'étalaient-ils dans une commode berline, tandis que leur maître présumé allait en diligence?

Les Anglais!... les Anglais, cela fait de si drôles de corps!...

Et les anecdotes de rouler! L'un avait connu un Goddam qui mangeait son potage au dessert; l'autre avait fréquenté un gentleman qui ne voyageait jamais qu'avec son cheval, seulement ce gentleman tenait toujours son cheval par la bride, et autres raretés de la même force.

Plus on parlait des drôleries britanniques, plus les regards se fixaient, curieux, sur la porte de l'hôtel de France, par où l'Anglais devait passer pour entrer dans la cour des messageries.