La bonne femme pensa seulement que celles-ci étaient assez jolies pour tirer promptement leur épingle du jeu.

A ce premier instant du voyage, les deux jeunes filles gardaient le silence. Elles se tenaient par la main; il y avait une tristesse grave sur leurs traits pâlis et fatigués. Il y avait aussi comme une vague épouvante. On eût dit qu'elles en étaient à hésiter sur les résultats d'une entreprise étourdiment commencée.

Il était bien tard pour réfléchir. La petite voiture avait déjà dépassé les dernières maisons du faubourg, et l'on n'apercevait déjà plus les tours Saint-Pierre, ces deux sœurs de granit, trapues, carrées, robustes comme les épaules des vieux guerriers bretons.

Toute dédaignée qu'elle était, la Concurrence suivait de près son orgueilleuse rivale. On pouvait même prévoir qu'avant peu elle allait prendre les devants.

Dans le coupé de la diligence, nos deux voyageurs avaient gardé la position que nous leur avons laissée en quittant la cour des messageries. Ils n'avaient pas encore échangé une parole. L'Anglais s'était enfoncé dans son coin et fermait les yeux comme un homme qui prétend écarter toute communication importune. Étienne n'était pas d'humeur à entamer la conversation de force. Il y avait en lui trop de souvenirs joyeux ou tristes qu'il accueillait chèrement, et ce muet compagnon que le hasard lui donnait n'avait garde de lui déplaire.

Sa pensée était à Penhoël. Son cœur lui parlait de Diane, si belle et si aimée, de Diane qui semblait l'avoir fui au moment de l'adieu...

Que s'était-il passé à Penhoël depuis son départ? Était-il regretté? Les yeux de Diane avaient-ils eu des larmes pour accueillir la nouvelle de son absence?

Pauvre Diane!

Il y avait des moments où Étienne se disait:

—Je n'aurais pas dû la quitter peut-être, car elle est malheureuse... Et qui sait si elle n'a pas besoin d'aide dans cette tâche mystérieuse où elle est engagée? Mais comment rester davantage?