La tête d'Étienne se penchait sur sa poitrine, et ses mains étaient jointes comme à l'heure où l'on prie.
L'Anglais dormait dans son coin.
Puis le cœur du jeune peintre, un instant amolli, se redressait dans sa force vive. Il se retrouvait lui-même courageux et plein de séve; il comptait par avance ses heures de travail; il fixait son effort. Vaincre! vaincre! pour revenir chercher Diane, qui était le prix du triomphe et la couronne.
A cette heure, Roger s'était acquitté sans doute de la mission confiée. Diane savait le motif du départ d'Étienne: pour la première fois elle avait reçu l'aveu de cet amour qui durait depuis si longtemps.
Qu'avait-elle dit? Étienne aurait voulu voir les grands cils baissés de sa paupière, et la rougeur pudique montant à son front de vierge.
Roger lui écrirait à Paris, mais quand? Mon Dieu! des jours entiers avant de savoir!...
Comme il songeait ainsi, son regard se tourna par aventure vers le compagnon de voyage que le hasard lui avait donné. Il ne l'avait point examiné encore, et ce premier coup d'œil lui fit faire un mouvement de surprise.
L'Anglais était à demi couché sur les coussins de la diligence; ses pieds se perdaient dans la fourrure épaisse; le grand châle de cachemire qu'il avait mis derrière sa tête, pour s'affranchir de tout contact avec les parois de la diligence, retombait sur son front et lui faisait une sorte de coiffure étrange. Ses magnifiques cheveux noirs s'échappaient confusément des plis du cachemire et venaient boucler jusque sur ses épaules.
Étienne fit trêve à ses souvenirs pour admirer le dessin fier et régulier de cette tête si complétement belle. Il ne se rappelait point d'avoir rencontré jamais, dans sa vie d'artiste, un modèle aussi parfait.
Plus il contemplait l'Anglais, plus il découvrait de noblesse intelligente et mâle sur ses traits au repos.