—S'il ne vous faut que des excuses, reprit-il avec une grâce avenante et pleine de rondeur, je vous en offre bien volontiers... Chacun a ses travers en ce monde: un peu plus, un peu moins... Moi, j'en ai un peu plus... mais, voyez-vous, je suis déjà un vieil homme... et j'ai bien souffert en ma vie... Allons, prenez ma main et soyons amis.

Étienne n'eut même pas la pensée de refuser. Ce sentiment de sympathie respectueuse qu'il avait éprouvé en contemplant l'étranger pour la première fois se réveillait plus vif en lui, et déjà toute trace de rancune était effacée.

Il donna sa main; l'Anglais la toucha cordialement et poursuivit:

—C'est cet odieux ciel de Bretagne, qui me donnait la migraine et me rendait nerveux comme une vieille femme!

—Ah çà!... dit Étienne en souriant, vous détestez donc bien cette pauvre Bretagne?

Il se souvenait de la question singulière que l'Anglais lui avait adressée avant de l'admettre en sa compagnie.

Le front de milord se rembrunit quelque peu.

—On ne sait pas expliquer ces choses-là..., répondit-il. J'arrive de Brest... J'ai fait malgré moi quatre-vingts lieues en Bretagne, et je promets bien qu'on ne m'y reprendra plus!... C'est peut-être un travers... mais ces trois jours m'ont paru plus longs que trois années... J'avais envie de contrarier quelqu'un, de blesser, de me venger.

—Et vous m'avez pris pour victime?

—Je trouverai bien l'occasion d'expier ma faute, mon jeune camarade... Pour commencer, je vous dirai que Vitré est un admirable point de vue.