—Oh! ma sœur... ma sœur!... dit-elle en plaçant ses deux mains devant ses yeux éblouis; c'est le jardin de notre rêve!... Nous sommes dans le palais des fées!
De la fenêtre, en effet, le jardin présentait un aspect magique. Derrière la girandole, dont les cristaux mouvants masquaient en quelque sorte la croisée, une double ligne de feux dessinait les rampes d'un cavalier, planté d'arbustes et de fleurs. Cette partie du jardin, correspondant à l'aile gauche de l'hôtel, était déserte, mais le regard en se portant à droite découvrait à travers les feuilles clair-semées d'un rideau de tilleuls l'illumination des parterres et des pièces de gazon, où déjà commençait le bal. Les jets d'eau reflétaient en gerbes colorées l'éclat des mille lumières courant le long des charmilles et marquant le dessin élégant des arcades de verdure; partout où l'œil pouvait percer, ce n'étaient que feux étincelants et guirlandes de fleurs.
Diane et Cyprienne s'accoudaient toutes deux au balcon de la fenêtre, et ouvraient de grands yeux charmés.
Leur esprit était ébloui plus encore que leurs yeux. Les émanations tièdes et odorantes, qui montaient du jardin jusqu'à elles, les retenaient dans une sorte d'ivresse.
Elles n'avaient rien vu jamais, même dans leurs songes d'enfants, qui pût se comparer à ces splendeurs enchantées.
Quand la danse fit trêve, au delà des tilleuls, quelques couples se dirigèrent vers cette partie du jardin qui, jusqu'alors, était restée déserte.
Diane et Cyprienne quittèrent la croisée, afin de n'être point aperçues.
Ce mouvement les força d'examiner la pièce où elles se trouvaient.
Il n'y avait là aucun miracle nouveau, et pourtant les deux jeunes filles durent s'étonner encore.
C'était une pièce assez vaste, ayant deux portes dont l'une communiquait avec le boudoir, et dont l'autre était fermée à clef. Quelques siéges modestes en formaient tout l'ameublement, avec trois ou quatre armoires vitrées. Mais, dans ces armoires et entre chacune d'elles, le long des boiseries, pendait un pêle-mêle de costumes d'une richesse extrême. Il y en avait de tous les pays; il y en avait de tous les temps. On eût pu se faire là, suivant sa fantaisie, Turc ou Turque, Persan ou Persane, brahmane ou devedaskee, châtelaine du moyen âge, dame du temps de Louis XIII, marquise Pompadour ou déesse de la Raison, car les costumes féminins étaient en majorité; et parmi ceux de l'autre sexe, le plus grand nombre, par leur taille et leur coupe, semblaient encore destinés à des femmes. Il y avait de jolis petits uniformes, des sabres mignons, des poignards d'Andalouse; des dominos de toutes nuances, des masques de toutes formes. Il y avait même des redingotes à fine taille et des pantalons renflés aux hanches, comme ceux que portent nos libres amazones, aux jours consacrés du carnaval.