Elle était un peu pâle, et son cœur battait bien fort; mais c'était de plaisir autant que de crainte.

—Une... deux... trois!... dit-elle en frappant ses petites mains l'une contre l'autre, pour donner le signal.

Au troisième coup, elle sauta légère comme un oiseau sur l'appui du balcon. L'instant d'après, elle retombait sur ses pieds, au bas du platane, et recevait dans ses bras Diane qui tremblait.

XI
LE REGARD D'UNE FEMME.

Au sortir de son appartement, Montalt se dirigea de suite vers le boudoir, en dehors duquel les deux noirs restèrent en faction.

C'était encore là une réminiscence de l'Asie, où l'on met volontiers un esclave ou deux aux portes, en guise de verrous.

Montalt entra. Diane et Cyprienne étaient assises côte à côte, tremblantes toutes deux, à l'autre extrémité du boudoir. Elles avaient eu le temps de reprendre leurs vêtements de paysannes bretonnes.

Rien ne trahissait leur récente escapade, sauf la porte de la chambre aux costumes, qu'elles avaient oublié de refermer et qui laissait voir les illuminations du jardin.

Montalt ne prit point garde.

Il s'arrêta tout auprès du seuil pour examiner les deux jeunes filles, qui avaient les yeux cloués au parquet, mais qui le voyaient néanmoins parfaitement: le nerf optique des femmes ayant, comme chacun sait, le pouvoir de percer la membrane de leurs paupières.