Elles n'en étaient pas moins déconcertées pour cela, et craintives, les pauvres enfants!
Cyprienne sentait le cœur lui manquer; Diane rassemblait tout son courage, mais, en ce premier moment, la peur était la plus forte.
C'était l'heure terrible. Elles allaient savoir...
Le nabab traversa la chambre à pas lents. Diane, qui était la plus rapprochée de lui, ne perdait pas un seul de ses mouvements.
Montalt prit un siége qu'il roula au-devant d'elles, mais il resta debout. Ses yeux peignaient une légère surprise: c'était la première fois qu'il voyait les deux jeunes filles sous leur costume de paysannes. Cette surprise, du reste, n'avait rien de pénible; au contraire, à mesure qu'il les contemplait en silence, son visage exprimait une sorte d'émotion attendrie.
—Pauvre Bretagne!... murmura-t-il enfin d'une voix si basse que les deux sœurs ne l'entendirent point.
Cette exclamation, qui sortait du fond de son cœur, avait l'accent doux et triste qu'on prend pour plaindre un ami méconnu.
Il va sans dire que, du premier coup d'œil Diane et Cyprienne l'avaient reconnu, non-seulement pour le voyageur du coupé, mais pour l'homme du rendez-vous de Notre-Dame et aussi pour l'interlocuteur de Robert dans la scène qui venait d'avoir lieu au jardin, sous le berceau. Car elles avaient assisté à la fin de cette scène, et c'étaient elles qui avaient jeté, à travers la charmille, le double et mystérieux démenti.
De leur cachette, elles avaient vu le calme obstiné que gardait Montalt en écoutant l'odieuse histoire; mais elles avaient vu aussi,—et c'était maintenant pour elles un vague sujet d'espoir,—la figure du nabab se décomposer tout à coup et trahir l'amertume profonde qui était sous sa feinte froideur.
Comme son œil noir avait brillé soudainement! et quelle menace dans le feu sombre de sa prunelle!