En cet instant si court où Montalt avait laissé tomber son voile d'indifférence glacée, Diane avait entrevu en lui un juge du crime. Un prisme s'était mis entre son œil ébloui et cet homme si beau, si puissant, le maître de toutes ces merveilles, le roi de ce palais enchanté! Le romanesque penchant qu'elle avait à voir les choses sous un aspect surnaturel s'était réveillé.

Ce qu'elle pensait, ce qu'elle sentait surtout, elle n'aurait point su l'exprimer peut-être, mais son âme se recueillait en une émotion respectueuse, comme aux heures de la prière.

Elle espérait. Quelque chose l'entraînait à respecter Montalt dont elle ne savait pas même le nom, et à croire en lui.

Et, à ce moment, où, de retour dans le boudoir, les deux jeunes filles attendaient, reprises par leur inquiétude effrayée, c'était bien Montalt que Diane s'attendait à voir paraître...

Quand la porte s'ouvrit, il n'y eut que Cyprienne à tressaillir.

Diane était immobile et droite sur son siége, l'œil au guet, l'oreille tendue. Elle ne tremblait point; son sang-froid l'étonnait elle-même. Cyprienne se rassurait presque, à la voir si tranquille.

Montalt les contemplait toutes deux en silence, et la rêverie semblait le prendre. L'opium agissait sur lui, déjà, du moins, comme calmant, et rendait à son visage toute sa noble sérénité.

—Pourquoi ce déguisement?... dit-il enfin d'un accent affable et bon; vous n'en avez pas besoin pour être jolies comme des anges.

—Ce sont les vêtements de notre pays..., répondit Diane à voix basse et sans lever les yeux.

—Ah! fit Montalt; l'aimez-vous bien, votre pays?