Le nabab s'inclina.

—Moins que d'un autre..., répéta-t-il; c'est beaucoup encore... J'espère que vous avez perdu ce reste de crainte... Voulez-vous que je sois votre ami?

—Oh!... répondit Diane vivement; nous le voulons de tout notre cœur!

Une nuance d'embarras vint se refléter dans le regard de Montalt. On eût dit qu'il hésitait à donner un sens à cette réponse.

Le silence régna de nouveau, durant quelques secondes, dans le boudoir. Montalt promenait son regard incertain de l'une à l'autre des deux jeunes filles.

Il contemplait avec une émotion croissante ces beaux fronts, tout brillants de candeur, ces traits purs et charmants, auxquels le petit bonnet des paysannes morbihannaises était comme une virginale couronne.

Ceux qui le connaissaient auraient deviné qu'une pensée généreuse et bonne livrait combat, au dedans de lui-même, aux théories de son scepticisme entêté; mais le scepticisme était bien fort, et le temps avait fait pénétrer ses racines jusqu'au cœur.

Il se redressa et prit une attitude dégagée, qui cadrait vraiment à merveille avec les grâces jeunes de sa taille et de sa figure.

—Ma foi, mes belles, dit-il, j'ai honte de vous l'avouer!... Dans le principe, ce n'était pas pour moi que je désirais votre venue... Fou que j'étais! Il faut vous avoir vues de près pour connaître toute votre valeur... Je promets bien que je ne vous céderai à personne!

Il n'y a point de complète ignorance. Diane devint pâle, tandis qu'une épaisse rougeur tombait du front de Cyprienne jusqu'à ses blanches épaules.