—Voulez-vous me dire comment vous vous nommez?

—Louise..., répliqua Diane qui serra le bras de sa sœur.

—Berthe..., dit Cyprienne en baissant les yeux.

—J'aurais voulu que ce fussent elles! pensa le nabab.

Il y avait un peu d'embarras dans la voix de Diane lorsqu'elle reprit:

—Il ne faut pas juger de pauvres campagnardes comme des jeunes demoiselles bien élevées... Nous eûmes tort peut-être de nous adresser à ces jeunes gens... Mais si vous saviez quelle hardiesse cela donne d'être mortes!... Rien ne coûte et rien ne fait peur! Quand nous hésitons, ma sœur et moi, depuis que nous sommes à Paris, un seul mot lève tous nos scrupules... Et, ce soir encore, lorsqu'on a voulu nous entraîner chez vous, ni ma sœur ni moi nous n'eussions accepté si je n'avais pas dit comme toujours: «Nous ne sommes plus rien sur la terre... Ce qui arrête les jeunes filles heureuses qu'on surveille et qu'on aime ne peut pas nous retenir... Les belles-de-nuit sont libres comme le vent qui les emporte sous le feuillage.»

—Les belles-de-nuit!... répéta le nabab; c'est ainsi que vous aviez signé vos deux billets.

Mais il ne demanda point l'explication de ce surnom mystique.

—Et depuis deux mois, reprit-il, vous avez dû bien souffrir, pauvres enfants?

—Nous avons eu à passer des heures cruelles, répliqua Diane; car, si nous étions seules, il y avait une autre misère à côté de la nôtre... Mais le bon Dieu nous a faites courageuses et gaies... Nous avons eu plus d'un moment de répit... Tant qu'ont duré les beaux jours, les passants s'arrêtaient volontiers pour écouter nos chansons... Et parfois nous revenions riches... Ma petite sœur chante si bien!