—Et toi, donc!... s'écria Cyprienne; si vous saviez comme les beaux messieurs la regardaient et l'écoutaient!
—Mais l'hiver est venu..., reprit Diane; on n'a plus voulu nous entendre... Il nous restait bien peu de chose, quand nous sommes arrivées, sur nos cinquante écus de six livres... Nous avons vendu peu à peu tout ce que nous avions... Et ces pauvres gens qui recevaient de nous le pain de chaque jour, sans nous connaître puisqu'ils nous croient mortes, ont eu faim dans leur misérable retraite... Oh! s'il ne s'était agi que de nous!... mais il fallait les sauver, et nous sommes venues...
XIII
CHANSON BRETONNE.
Montalt se trouvait au centre d'une trame dont tous les fils venaient aboutir à lui tour à tour.
Le hasard avait amené sur ses pas l'un après l'autre tous les personnages d'un seul et même drame, et chacun d'eux lui en avait dit assez pour que la somme de ces confidences diverses pût former, à bien peu de chose près, un récit complet et sans lacune.
Ç'avait été d'abord Vincent de Penhoël, le pauvre matelot breton de l'Érèbe;
Puis Étienne et Roger, dans la diligence, sur la route de Rennes;
Puis Robert de Blois, avec ses acolytes Blaise et Bibandier;
Puis enfin les deux filles de l'oncle Jean.
Mais Vincent, ombrageux et fier, avait jeté un voile sur sa noble famille; mais Étienne et Roger, qui avaient à se plaindre de Penhoël, tout en conservant pour lui leur vieille affection, n'avaient eu garde de prononcer son nom; mais M. le chevalier de las Matas, ceci pour cause, avait prêté généreusement des pseudonymes à tous les personnages de son histoire. Quant à Diane et à sa sœur, embarquées dans une entreprise au moins audacieuse, elles avaient caché jusqu'à leurs noms de baptême.