A cette pensée, Blanche avait froid au cœur. Tout ce qui lui restait de courage l'abandonnait. L'avenir se voilait pour elle.

Car les choses avaient bien changé pendant ces huit mois, et l'amour était venu durant l'absence.

Mais ce n'était pas seulement la pensée des amis dont elle était séparée qui chargeait de tristesse le pâle front de l'Ange de Penhoël.

Il y avait en elle une inquiétude confuse qui prenait sa source dans la souffrance physique. Le mal qui pesait sur elle n'avait point de nom pour son ignorance. Elle ne savait pas; mais elle était femme, et parfois il se faisait en son esprit une vague lumière.

Quand son flanc tressaillait, quand elle sentait au dedans d'elle un mystérieux frémissement, l'instinct que Dieu met au cœur de toute mère faisait effort pour se révéler.

Parfois Blanche à genoux, brisée de douleur, priait Dieu de la débarrasser d'une pensée qui était un blasphème.

C'est qu'elle se comparait alors, la pauvre fille, malgré l'effort de son cœur pieux, à la sainte Vierge Marie...

Il va sans dire que Lola, Thérèse et même nos trois gentilshommes avaient découvert depuis longtemps son état. Madame en avait donné, du reste, la première idée à Robert, dans la conversation qu'ils avaient eue ensemble, pendant le bal de la Saint-Louis, sous la Tour du Cadet.

Robert avait été plus loin. Il savait à peu près à quoi s'en tenir sur les étranges circonstances de cette grossesse.

Et comme il était homme à profiter de tout, il avait fait entrer l'ignorance de la jeune mère dans les calculs de sa partie.