Il y avait deux jours entiers qu'elles n'avaient mangé.

La veille, elles avaient encore un dernier morceau de pain. Mais Marthe de Penhoël, son mari et le pauvre oncle Jean souffraient non loin de là d'une misère pareille. C'étaient eux qui, sans le savoir, avaient mangé le dernier morceau de pain de Diane et de Cyprienne...

Diane poursuivait, soutenue par sa fièvre:

—Pourquoi ces choses sont-elles possibles?... Pourquoi Dieu laisse-t-il ces espoirs insensés entrer dans le cœur de deux pauvres enfants?... Était-ce un crime que de vouloir défendre ceux que nous aimions?... Oh! maintenant que nous voyons notre folie, comment y croire?...

Elle eut un rire amer et désolé.

—Te souviens-tu de ce que nous venions chercher à Paris, ma sœur?... dit-elle; sais-tu encore ce que nous voulions gagner avec nos harpes et nos pauvres chansons?... Cinq cent mille francs pour reconquérir les biens volés de Penhoël!... cinq cent mille francs!...

Sa taille se renversa en arrière, ses mains jointes se levèrent au ciel.

—Et nous avons dépensé les pièces de six livres du pauvre Benoît Halligan..., reprit-elle; et nous avons vendu l'une après l'autre nos robes apportées de Penhoël, nos croix d'or que notre père nous avait données... tout, jusqu'au médaillon où étaient les cheveux de notre mère!... Oh!... maudit sois-tu, Paris! Je te déteste! Pour tous nos efforts, tu nous as donné l'insulte et la misère!... Nous étions venues vers toi chercher la vie, et tu nous as tout pris, Paris impitoyable!...

Cyprienne rendit une plainte faible. Diane s'élança vers elle, et se mit à genoux à ses pieds.

—Si tu savais comme cela me fait mal!... murmura Cyprienne en se tordant les mains; cherche... oh! cherche, ma sœur, s'il y a encore quelque chose à vendre!...