Les yeux de Montalt se fermèrent à demi, et son regard glissa sur le visage enluminé de Robert.
Bien que cet homme fût la nonchalance même, et qu'il ne prît point la peine, assurément, de composer sa physionomie, on ne savait jamais deviner sa pensée secrète.
En ce moment, par exemple, où tout chez lui gardait l'aspect de la tranquillité froide et presque ennuyée, il y avait pourtant, dans ce regard qui glissait entre ses paupières demi-closes, une finesse aiguë, prompte, subtile. Ce regard révélait toute une situation nouvelle.
On pouvait se demander si tant de froideur était une comédie. On pouvait croire que, malgré la réserve du conteur, qui cachait les noms de ses personnages, Montalt voyait à travers le voile...
Mais que pouvait-il voir? Robert parlait de monsieur, de madame, de l'aubergiste, de l'oncle...
Ces choses-là sont partout.
Tandis que nous tâchons, d'ailleurs, d'imposer une signification à ce qui n'en avait point peut-être, l'œil de Montalt avait perdu cette flamme vive et se tournait, distrait, vers le bal...
Oh! certes, il voyait seulement ce que Robert voulait bien lui montrer, et il ne fallait pas se plaindre de son attention trop curieuse, car c'est à peine s'il daignait écouter maintenant...
Robert poursuivait, racontant, comme un poëte guerrier eût chanté lui-même ses propres exploits, les ténébreuses machinations qui avaient occupé les premiers temps de son séjour à Penhoël.
Il montrait avec complaisance les progrès de ce poison moral versé goutte à goutte au malheureux René: Lola, le jeu, l'ivresse, la jalousie enfin, cette massue qui avait achevé l'œuvre du poison.