A mesure que l'histoire avançait, ce que nous avons essayé de peindre tout à l'heure devenait plus saisissable. Il y avait deux hommes en Montalt: l'un dont le cœur et l'esprit sommeillaient à la fois, l'autre qui suivait avec une attention concentrée chaque phase du récit de Robert.
Cet homme-là se cachait derrière l'autre, et au premier aspect, vous n'eussiez vu que nonchalance et lassitude sur la belle figure du nabab, qui semblait savourer son paresseux repos.
Puis, tout à coup, un tressaillement faible, une lueur qui s'allumait sous sa paupière; un rien vous disait qu'il y avait là un esprit éveillé, une oreille ouverte, un cœur sentant au vif...
Et vous voyiez alors, ou du moins vous croyiez voir, sous ce masque de lourde indolence, des efforts nerveux et inquiets, le désir passionné de comprendre, la lumière qui se faisait tout à coup, puis la nuit revenue...
Car, à supposer qu'on ne se fût point trompé en bâtissant ce tremblant édifice d'hypothèses, en supposant qu'il y eût en effet, sous le sommeil apparent de cet homme, tant de vie fiévreuse et ardente, la chose certaine, c'est qu'il ne savait pas...
Il ne savait pas! Une lueur apparaissait au loin devant son intelligence. Toutes ses facultés se tendaient à la fois. Puis quelques paroles tombaient des lèvres de Robert; la lueur s'éteignait; tout disparaissait.
Et Robert était à cent lieues de se douter qu'il eût provoqué cette sourde tempête.
Son regard interrogeait bien souvent le visage du nabab, où se montrait toujours un calme inaltérable.
C'était au point que Robert s'impatientait, et maudissait la froideur de cette statue en chair et en os, que rien ne pouvait émouvoir.
Il y eut surtout un instant où son amour-propre de conteur fut piqué vivement.