Elle entra dans ce grenier, dont la charpente trouée donnait passage au vent froid du soir et aux rayons de la lune.
Une cloison, désemparée et plus trouée encore que la charpente, se trouvait du côté opposé à la porte.
Diane s'en approcha sur la pointe des pieds.
Elle colla son œil à l'une des fentes larges et nombreuses qui séparaient les planches.
Au delà, il y avait un second grenier à peu près semblable au premier, mais qui était habité.
Point de siéges; un seul matelas par terre, où gisait un vieillard pâle comme la mort; une misère navrante, affreuse, auprès de laquelle le dénûment de la petite chambre des deux sœurs était presque de l'opulence.
D'un côté du grenier, sur un soliveau vermoulu, un homme à la figure hâve, creuse et comme stupéfiée, s'asseyait auprès d'une bouteille qui semblait vide. Il portait un habit en lambeaux; sa barbe et ses cheveux gris se mêlaient. Il appuyait ses deux coudes sur ses genoux maigres, et sa tête était entre ses mains. A l'autre bout de la misérable chambre, une femme s'asseyait sur le sol même; ses cheveux noirs dénoués entouraient un visage qui avait la blancheur et l'immobilité du marbre. Elle regardait devant elle d'un œil fixe et sans pensée. On voyait sur ses traits réguliers une douleur si poignante que le cœur en restait navré.
Le vieillard, couché sur le matelas, était le père Géraud, ancien aubergiste du Mouton couronné; la femme accroupie à terre était madame Marthe; l'homme à la barbe grise, assis sur le soliveau, se nommait René, vicomte de Penhoël.
Le temps avait fait de la cloison une véritable claire-voie; elle n'empêchait pas plus d'entendre que de voir. Chaque jour, Diane et Cyprienne venaient là au moins une fois.
Elles ne se découvraient point, parce qu'elles eussent été forcées d'avouer qu'elles faisaient, elles, filles de Penhoël, le métier de chanteuses des rues; parce qu'on les aurait peut-être retenues, et qu'il leur eût fallu renoncer à leurs chimériques espoirs. Mais elles se sentaient moins seules et moins abandonnées, lorsqu'elles avaient rendu leur pieuse visite aux anciens maîtres du manoir.