—Cela eût peut-être mieux valu ainsi..., murmura-t-il; demain, qui sait ce que seront nos cœurs?... Quand je vous vois, je crois mon âme guérie;... quand je vous entends m'appeler mon père, je suis heureux, et il me semble que je n'ai jamais connu la souffrance... Mais tout cela n'est que mensonge!... ajouta-t-il en se levant brusquement, vous n'êtes pas mes filles! Un autre a droit à l'amour que je voudrais tout seul.

Les deux sœurs le regardaient tristement et ne trouvaient point de réponse.

Montalt parcourait la chambre à grands pas.

Au bout de quelques minutes, il se laissa retomber sur son siége.

—Père..., dit Diane en prenant sa main timidement, est-ce que vous êtes fâché contre nous?

Le nabab la pressa contre sa poitrine avec un geste passionné.

—Deux! s'écria-t-il; oh! ce serait trop, c'est vrai!... je n'ai pas mérité tant de bonheur!... Mais si Dieu m'avait donné seulement une fille comme toi, Diane... ou comme toi, ma Cyprienne chérie!... que ma vie serait changée et belle!... et comme je désapprendrais vite à désirer le néant qui suit la mort!...

—Vous qui êtes si bon..., murmura Diane, comment ne croyez-vous plus au ciel?...

—Parce que, si le ciel existe, il est impitoyable!... Ne vaut-il pas mieux douter que de haïr?...

Cyprienne écoutait, saisie par cette vague terreur que le blasphème inspire à la foi naïve.