—Rien que cela, mademoiselle Berthe..., répliqua le nabab. Soyez tranquille... Je ne sais pas le nom de votre vieux père, qui est un gentilhomme!... Je ne sais rien, sinon que je vous aime et que je suis heureux de vous avoir là toutes deux contre mon cœur...
—Nous aussi, nous vous aimons! murmura Diane émue, comme un ami et comme un père.
Les yeux de Montalt se perdirent un instant dans le vide.
—Sais-je pourquoi?... pensa-t-il tout haut; on dit que je suis l'homme du caprice... je le crois quelquefois... Et pourtant, s'il y a un Dieu, c'est lui qui vous a mises sur mon chemin, pauvres enfants, afin que je sois bon à quelque chose ici-bas... Oh! je ne jouerai plus... Ce qui me reste est à vous, mes filles, et vous serez riches!
Il se prit à sourire tout à coup.
—Vous souvenez-vous que je vous ai poursuivies longtemps? dit Montalt. Le monde me croit fou de galanteries et d'aventures amoureuses... Pauvre monde! qui prend le désespoir pour l'ardeur et le découragement pour la fièvre!... En courant après vous, mes enfants, ce n'était pas à moi que je pensais... Vous allez bien m'en vouloir... Étienne et Roger, que j'aimais en ce temps-là, me parlaient de vous sans cesse, et je voulais leur donner un remède contre l'amour...
—Oh! fit Diane avec reproche, vous vouliez les rendre infidèles!...
—L'amour est un si cruel malheur, ma fille!... En vous voyant jolies comme des anges, je m'étais dit: «Voilà ce qu'il me faut...» Et, sans vous connaître, je vous opposais à vous-mêmes... Je prenais les deux pauvres petites chanteuses pour en faire les rivales des deux nobles filles de Bretagne... Vous me ferez croire à Dieu avant de mourir, mes enfants, car sa main est là, et c'est elle qui vous a défendues contre moi.
—Père, dit Cyprienne qui lui baisa la main avec un petit frisson de crainte, quand je pense que nous aurions pu vous haïr!...
Le nabab baissa les yeux, et un nuage descendit sur son front.