Nawn n'avait point été chassée, bien que les deux noirs du nabab prétendissent l'avoir vue verser quelque chose de diabolique dans le dernier verre d'ale du pauvre mulâtre défunt.
Au bout de deux ou trois minutes, les yeux baissés de Nawn se relevèrent lentement. Ses membres étaient toujours immobiles, mais ses prunelles, noires comme le jais, se prirent à rouler avec vivacité, comme si elle eût voulu embrasser d'un seul coup d'œil toute l'étendue de la chambre.
Quand cet examen rapide l'eut bien convaincue qu'elle était seule, son regard inquiet se porta sur Blanche endormie.
Les paupières de la jeune fille étaient bien closes. De ce côté encore, Nawn était à l'abri de toute surprise.
Elle se leva et gagna la cheminée, auprès de laquelle deux bouilloires d'argent chauffaient. Dans l'une d'elles, il y avait de la tisane pour Blanche; dans l'autre, de l'eau pour le thé de Diane et de Cyprienne.
Nawn s'accroupit devant le foyer et ranima le feu.
Il y avait sur son visage pensif de l'hésitation et de la pitié.
—Elles sont bien belles, ces deux jeunes filles!... murmura-t-elle; elles sont bien douces... et leurs voix vont au cœur... Moi, je suis vieille et je suis laide.
Elle souleva le couvercle de la bouilloire qui contenait l'eau pour le thé.
—Et puis..., grommela-t-elle en fronçant le sourcil, ce sont toutes ces belles filles qui font pleurer ma maîtresse!... Pauvre Mirze!... comme elle était belle avant que les larmes eussent creusé ses yeux!... On l'aimait autrefois... maintenant, elle est dédaignée.