Étienne restait là, vaincu et la tête baissée.
—Soyez tranquille, reprit Montalt; la plaisanterie ne durera pas toujours... Et il y aura du sang ailleurs qu'à l'extrême pointe de mon épée... Je suis ici pour me venger, de vous d'abord, mes jeunes camarades, qui avez insulté la main d'un bienfaiteur!... Or chacun en prend à sa guise... Moi, je me venge de vous en vous faisant une dernière aumône... Je vous donne la vie, mes enfants, après vous avoir donné ma table et mon toit...
Roger fit un pas en avant.
Montalt, au lieu de reculer, prit négligemment son épée au croisé, et l'envoya tomber à quelques pas.
—Patience donc! poursuivit-il tandis que Roger, confus, allait ramasser son arme; j'ai bien écouté, moi, tout le sermon de M. Étienne, ce matin, et toutes vos insultes, hier, mon jeune camarade!... J'attends ici bonne compagnie... Nous sommes seuls encore; le temps ne presse pas.
Roger revint se mettre en face de lui.
—Pardieu! s'écria le nabab, c'est une chose étrange que la destinée de certains hommes... Moi, chaque fois que j'ai fait le bien, j'ai toujours été châtié par le sort!... Sur cinq personnes que j'attends ici, pour croiser le fer avec elles...
—Cinq personnes?... répétèrent les deux jeunes gens.
Montalt poursuivit sans s'arrêter à l'interruption:
—Une seule ne me doit ni amitié ni reconnaissance... Des quatre autres, il y en a deux, vous, Étienne Moreau, et vous, Roger de Launoy, que j'ai traités comme mes fils... Le troisième est un pauvre jeune homme à qui j'ai sauvé la vie... Le quatrième...