On avait couché Madame sur sa chaise longue, et tout le monde l'entourait. Elle était pâle comme une morte; ses beaux traits, amaigris et fatigués, accusaient de longs jours de torture. Elle avait les yeux fermés; son souffle était faible, et il semblait que la vie fût sur le point de l'abandonner.
L'oncle Jean tenait une de ses mains et cherchait les imperceptibles battements de son pouls. Diane et Cyprienne essayaient de réchauffer son autre main à force de baisers.
Blanche était à genoux sur le tapis à ses pieds.
A l'entour se rangeaient Étienne, Roger, Vincent et le bon vieux Géraud.
On entendit au loin, sur le marais, trois cris vibrants et prolongés.
Marthe eut un tressaillement faible, et ses paupières se soulevèrent à demi pour retomber aussitôt.
Elle était dans cet état de torpeur et d'anéantissement depuis son départ de Redon. Trop de souffrances avaient brisé son pauvre cœur de mère. Pendant la route, l'oncle Jean avait essayé de lui parler et de la préparer, mais ses oreilles étaient fermées.
Elle ne savait rien de ce qui s'était passé depuis quelques jours. Pour elle, il n'y avait point encore d'espoir, et son cœur restait accablé sous le malheur qui déjà n'existait plus.
Dans le salon de Penhoël tout le monde avait la même pensée, bien que personne ne songeât à l'exprimer par des paroles. Chacun se disait:
—Si elle allait mourir avant d'être heureuse!...