—J'en parlais dans la lettre, madame... Écoutez! Ce n'est pas ici le lieu de nous expliquer... Les anciens maîtres de Penhoël ne peuvent rester un instant de plus dans cette misérable retraite... Je suis venu vous chercher.

—Nous chercher?... répéta Marthe qui détourna les yeux; vous, monsieur?

Robert prit un air de contrition résignée. Cela ne l'empêcha point de jeter un furtif regard vers la cloison; il sentait que l'entrevue s'engageait mal. La discussion n'était pas de saison: il fallait agir, car son instinct lui disait que l'absence des deux jeunes filles ne serait pas de longue durée.

—J'ai mérité cela!... murmura-t-il en baissant la tête; je sais bien que vous devez me haïr, madame... Et pourtant, s'il est vrai que toute faute s'expie, j'espère obtenir un jour votre pardon... Dussé-je ne jamais l'obtenir, ajouta-t-il en feignant une émotion plus grande, je me féliciterais encore d'avoir payé aujourd'hui une partie de ma dette en sauvant votre vie.

—C'est donc vous?... dit Marthe faiblement.

L'Américain regarda tout autour de la chambre comme si cette question l'eût étonné bien fort.

—Et qui donc serait-ce?... demanda-t-il.

—Je ne sais..., murmura Madame qui parlait surtout pour elle-même; j'avais cru... ma pauvre tête est si faible!... Cependant, je suis bien sûre d'avoir vu de l'or.

—J'aurais voulu vous l'apporter plus tôt..., répliqua Robert, mais j'ai été bien pauvre aussi, moi, madame!... Quand on vous chassa indignement de Penhoël, pensez-vous donc que j'y sois resté après vous?

La porte qui restait ouverte établissait avec la fenêtre un courant d'air vif. Le poids qui était sur la poitrine de Marthe s'allégeait, et sa présence d'esprit revenait. Le maître de Penhoël lui-même recouvrait lentement la vie; il s'agitait par intervalles sur son matelas, et c'était maintenant le sommeil de l'ivresse qui l'empêchait d'ouvrir les yeux.