Lola gardait une rancune profonde et toute fraîche aux deux filles de l'oncle Jean. Elle avait donné de l'or à Nawn, la Malaise, et celle-ci lui avait promis de se trouver à la nuit tombante dans l'allée Gabrielle, afin de recevoir un nouveau présent, et d'apprendre ce que l'on attendait d'elle pour prix de l'argent donné.

Il s'agissait de se défaire, une bonne fois pour toutes, de Diane et de Cyprienne.

Malgré sa rancune, Lola, dont la nature n'était point d'être cruelle, aurait hésité peut-être à dicter les conditions du marché.

Aussi ne s'en était-on point fié à elle. C'était M. le comte de Manteïra en personne qui était allé au rendez-vous.

Nawn était bien capable de comprendre à demi-mot ce qu'on exigeait d'elle: les femmes de son pays sont, au dire des voyageurs, les premières empoisonneuses du monde entier.

Elles empoisonnent pour un collier de verroterie, pour une image enluminée, comme leurs maris poignardent pour un flacon de vin.

Ceci est une chose bien connue, et la réputation de la race malaise n'est plus à faire.

Nawn emporta l'argent, et promit que le lendemain matin les deux jeunes filles dormiraient pour ne plus s'éveiller.

Elle eut même la discrétion de ne point s'informer du motif qui poussait Blaise à user de ses talents.

Un signal fut convenu. Nawn promit que quand sa besogne serait faite, elle allumerait deux lumières sur la dernière fenêtre de l'aile gauche de l'hôtel, qui donnait justement sur ces ruelles désertes, où nous avons vu la voiture de madame Cocarde s'engager le jour de la fête.