—Eh bien, voici ce que c'est! Il paraîtrait qu'hier j'ai été très-éloquent... surtout en rendant compte de certaine missive adressée par madame Marthe à Louis de Penhoël, il y a bien longtemps... Ce chiffon de papier-là nous a déjà été d'une certaine utilité dans l'affaire de Bretagne... Et maintenant, voilà Montalt qui veut me l'acheter un prix fou!

—L'acheter?... dit Blaise: pour quoi faire?

—Est-ce que je sais?... J'ai vu à Londres un Anglais qui paya, devant moi, deux mille guinées trois lignes de l'écriture d'une voleuse, pendue à Tyburn... Montalt est Anglais, après tout!...

Il prononça ces mots comme s'il avait été préoccupé, malgré lui, d'une arrière-pensée.

—Mais cette lettre, dit Bibandier, l'as-tu? L'Américain tira son portefeuille de sa poche.

—Je l'ai, répliqua-t-il, et je serais porté à croire qu'elle vaut en effet un bon prix, car c'est pour l'avoir que ce pauvre diable de Penhoël m'avait permis d'enlever sa fille... Ce soir-là, il arriva bien des événements... Penhoël, en partant, oublia la lettre dans le salon, et je la repris.

—Eh bien!... dit Blaise, pourquoi hésites-tu?... Vends-la!

Malgré lui, Robert était tout pensif.

—Sans doute..., répliqua-t-il; sans doute!... En fait de folies, le nabab ne compte pas... et je suis bien sûr qu'on en aurait ce qu'on voudrait... mais il faut attendre... Une arme vaut mieux parfois que de l'argent... et demain, comme tu dis, ami Blaise, nous serons peut-être millionnaires.