Quand on vint me chercher pour me porter dans mon lit... tenez-vous ferme, Léo!... je savais que cette maison appartenait aux Habits Noirs.

—Ma fille, prononça tout bas la dompteuse sans bouger ni presque remuer les lèvres, ce n'est pas pour moi que j'ai peur.

—Je le sais bien, répliqua Valentine, et comme je voudrais me jeter à votre cou pour vous serrer bien fort sur mon cœur! C'est pour moi que vous craignez, c'est pour lui, et vous voudriez me crier encore: «Prends garde!» Hélas! bonne Léo, il n'est plus temps de prendre garde, il fallait risquer le tout pour le tout. J'ai tout risqué. Coyatier jusqu'ici a tenu sa parole; non seulement il ne m'a rien caché, mais encore je n'ai eu qu'à parler pour être aussitôt obéie.

«C'est par lui que j'ai vu Maurice; il m'a fait sortir d'ici en plein jour par la porte qui est en reconstruction; grâce à lui, j'ai pu être introduite à la prison de la Force, grâce à lui encore j'ai pu me procurer du poison.

«Dans la maison, en apparence du moins, personne ne s'est aperçu de ma sortie, ni de mon absence, qui a duré deux grandes heures, ni de ma rentrée.

«Est-ce là une chose possible? Coyatier avait-il prévenu ses maîtres et ceux-ci ont-ils favorisé eux-mêmes mon entreprise?

«En d'autres termes, Coyatier a-t-il trahi les Habits Noirs pour moi, ou Coyatier m'a-t-il trahie pour les Habits Noirs? Je ne sais, et que m'importe? Maurice a le poison, Maurice m'a juré sur notre amour qu'il m'attendrait pour en faire usage.

«En entrant dans sa cellule et quand mon regard a rencontré le sien, j'ai cru que mon pauvre cœur allait se briser. C'était à la fois trop de douleur et trop de joie. Il m'a tendu sa main qui brûlait, je me suis jetée à son cou et j'ai voulu lui dire: «Maurice, Maurice, je te sauverai!»

«Mais ses lèvres m'ont fermé la bouche, et je crois l'entendre encore prononcer cette parole qui me poursuit partout: «L'espoir fait mal, n'espère pas, Fleurette, fais comme moi, résigne-toi.»

La veuve luttait contre les sanglots qui l'étouffaient.