Une centaine de pas plus loin, le marchef s'arrêta court, dans un endroit découvert qui séparait l'établissement du docteur des premières maisons de la rue de Chaillot.
De là on apercevait la station des voitures à lanternes jaunes, connues sous le nom de Constantines, et qui allaient au faubourg Saint-Martin.
Coyatier attendit la veuve en secouant les cendres de sa pipe, qu'il rechargea, toute brûlante qu'elle était.
—Je n'irai pas plus loin, dit-il; là-bas, il y a trop de monde et trop de lanternes.
—Pourquoi n'avez-vous pas voulu me parler, demanda la veuve, qui avait maintenant la voix gaillarde.
—Vous, répondit Coyatier, la lumière et les gens vous rassurent, tant mieux pour vous. Je n'ai pas voulu parler à cause des murailles. Partout où il y a des murailles, il y a des oreilles.
La veuve se rapprocha de lui tout à fait.
—Personne n'écoute ici, dit-elle à voix basse, avez-vous à me causer?
—Causer! répéta le marchef, qui haussa les épaules en battant le briquet, c'est pour avoir causé avec les femmes que je crains les hommes et la chandelle. J'en ai gros contre les femmes. N'empêche qu'elles auront ma peau, c'est certain. J'en ai déjà sauvé comme ça plus d'une, et ça me fait rire quand j'y pense. Chacun a ses manies, pas vrai? On a beau se faire une raison, quand le pli est pris, c'est fini...
—Est-ce que vous seriez tout de même un brave scélérat? balbutia la veuve, comme qui dirait l'Honnête Criminel que j'ai pleuré en le disant toutes les larmes de mes yeux?