—Je le pensai ainsi, répliqua M. Lecoq, puisque je remis fidèlement le scapulaire à sa place; mais n'ayant plus de secret à chercher, tout mon flair se reporta sur le trésor. Ici je vais vous intéresser davantage: le trésor n'est pas, comme vous l'avez cru, un amas d'or et d'argent déposé ici ou là, et probablement, selon mon opinion première, dans les caves du couvent de Sartène, où le maître fait son pèlerinage une fois l'an; le trésor est dans une petite cassette que chacun de vous pourrait porter sous son bras.
—Ce sont des diamants! dit Samuel, dont les yeux brillèrent.
—Non, répliqua Lecoq.
—Ce sont des titres de dépôt? demanda Portai-Girard.
—Non, répliqua encore Lecoq.
—Un pareil coffret, objecta M. de Saint-Louis, ne peut pourtant contenir une bien grosse somme en billets de banque.
—Le Royal-Exchange d'Angleterre, repartit Lecoq, a des bank-notes depuis cinq livres jusqu'à un million sterling. On en connaît trois de cette somme, et feu le prince de Galles, qui possédait, dit-on, un exemplaire de cette glorieuse estampe, pouvait emporter avec lui vingt-cinq millions de francs dans le tuyau de plume qui lui servait de cure-dent.
—Ces Anglais! dit Portai-Girard, quel grand peuple!
—Je ne pense pas, poursuivit Lecoq, que notre cassette, car elle est bien à nous, contienne des billets de banque de vingt-cinq millions, mais je sais qu'elle renferme des valeurs anglaises pour une somme énorme. À supposer même que le Père ait fait plusieurs parts du trésor, ce qui est assez dans son caractère, tous les œufs d'un finaud tel que lui ne pouvant pas être mis dans le même panier, c'est encore ici que doit être le bon tas. Je vais vous en dire la raison. J'ai cru longtemps que le colonel était au-dessus de la nature humaine par ce seul fait qu'il n'avait point en lui cette chose agréable mais compromettante qu'on appelle un cœur.
—Il n'en a pas! s'écria Samuel.