Le regard de la jeune fille ne se baissa point, mais il changea d'expression, et sa beauté tragique eut comme une auréole de belle et profonde tendresse.
—Maurice! murmura-t-elle d'une voix si douce que le bandit eut la poitrine serrée: le premier, le dernier battement de mon cœur! Vous avez mesuré ma haine, il n'y a que moi pour juger mon amour.
Elle reprit avec plus de calme:
—Avez-vous donc cru que j'oubliais Maurice? je ne pense qu'à lui, je ne travaille que pour lui. Dieu lui-même a serré nos liens; mon frère, que ma volonté ardente est de venger, n'était-il pas le bienfaiteur de Maurice? Si Maurice était libre, avec quelle joie il engagerait sa vie pour payer ma dette! La sentence que j'ai prononcée est la seule planche de salut qui puisse exister pour Maurice. Maurice sera sauvé, cette fois, bien sauvé, si ces hommes tombent, car il ne craindra plus que la loi, et la loi ne l'ira pas chercher à trois mille lieues d'ici où je l'entraînerai!
Autour des grosses lèvres de Coyatier, il y avait comme un sourire.
—Pourquoi riez-vous? demanda Valentine irritée.
—Parce que c'est cocasse, répliqua le bandit, de voir comme les beaux esprits se rencontrent. D'autres que vous ont eu une idée pareille... mais ne m'interrogez pas, ça nous mènerait trop loin. J'ai mon ouvrage et je vais prendre congé de vous.
—Sans me répondre? s'écria Valentine. Me suis-je donc trompée? N'avez-vous pas vous-même l'envie, le besoin de retrouver votre liberté?
—Ah! fit le marchef, ma liberté!... peut-être.
Ces mots, comme l'accent qu'il mit à les prononcer, ressemblaient à une énigme.