—N'avez-vous pas besoin, continua la jeune fille, qui mettait toute son âme éloquente en ses yeux, de redevenir homme, de laver une bonne fois vos mains ensanglantées?

—Ah! fit encore Coyatier de ce même accent dont l'expression ne se peut traduire, vous les avez touchées, ces mains-là, vous êtes une crâne jeune personne! Mais où les laver, mes mains, jeunesse, mes mains qui ont du sang? Dans le sang?

Le front et les joues de Valentine étaient de marbre.

—Dans le sang qui purifie! murmura-t-elle. Tout le monde a le droit d'abattre une bête féroce.

—Alors, tout le monde a le droit de m'abattre, dit Coyatier. En voilà assez. Vous savez que tout cela est stupide et impossible, mais il n'y a que ces choses-là pour réussir. Ouvrez la bouche, puisque vous voulez prendre la lune avec les dents; moi, je ne demande pas mieux que de vous tenir l'échelle.

—Dites-vous vrai? balbutia Valentine, qui ne s'attendait pas à cette brusque conclusion; consentez-vous?

—Pourquoi pas? Que mon cou soit cassé ici ou là, peu importe. La loterie est une bêtise aussi, et pourtant il y en a qui gagnent à la loterie. Je vous regardais tout à l'heure; vous devez avoir la veine... Seulement, je vais poser mes conditions: si je suis avec vous, vous n'irez pas à droite ou à gauche, selon votre volonté. Il y a un jeu tout fait, voulez-vous le prendre?

Il parlait d'un ton bref et précis. Valentine murmura:

—Je ne vous comprends pas.

—Je vais m'expliquer clairement: c'est demain que le colonel doit faire évader le lieutenant Maurice Pagès.