C'étaient là de ces choses qui entretenaient vaguement l'espoir de Valentine. Les gens qui l'entouraient semblaient réellement ne point jouer au plus fin avec elle.

Mais, d'un autre côté, le danger, qui était sa vie même depuis quelque temps, avait développé en elle une finesse extraordinaire de perception intellectuelle.

Les chasseurs du désert voient et entendent, dit-on, à des distances incroyables; on avait beau faire la nuit plus profonde autour de Valentine et pousser l'art de tromper jusqu'aux suprêmes limites de la perfection, elle devinait, laissant son va-tout sur table, et prête à choisir entre les mille probabilités contraires la chance unique que son courage, avec l'aide de Dieu, pouvait lui rendre profitable.

Vers trois heures de l'après-midi, Mme la marquise d'Ornans, émue et bien triste, vint lui dire qu'il était temps de se préparer.

La marquise la trouva habillée pour un voyage, bien plus que pour une noce, et demi-couchée sur son canapé où elle songeait.

Les yeux de la marquise étaient rouges; toute sa physionomie exprimait un trouble profond.

Comme Valentine lui demandait le motif de son chagrin, elle répondit:

—Depuis six semaines, je n'ai pas dormi une nuit tranquille; pense donc à tout ce qui nous est arrivé, ma pauvre enfant! Dieu merci, te voilà bien mieux, tu es calme, ton intelligence est revenue mais sommes-nous donc pour cela au bout de nos peines?

Valentine baissa les yeux; il y avait une réponse navrante dans l'amertume de son sourire.

Mais Mme d'Ornans ne pouvait comprendre ce silence; elle poursuivit: