Souvenons-nous, en effet, que ce vaillant découragement était le point de départ de toute sa conduite avant même sa dernière entrevue avec Maurice.
Souvenons-nous qu'elle n'avait pas présenté l'entreprise autrement à son fiancé et qu'elle lui avait dit: «Je ne veux plus de suicide, je veux que le crime de notre mort ne se place pas entre nous deux comme une barrière dans l'éternité.»
Mourir épouse, mourir dans un combat ou par le martyre, tel avait été son vœu exprimé.
Plus tard, si l'enthousiasme de sa nature intrépide avait fait naître et grandir en elle la pensée de vaincre, de vivre, de venger ceux dont elle aimait le souvenir, c'était en une heure de transport fiévreux.
Le cri qui s'échappait maintenant de son âme était donc tout miséricordieux; elle essayait d'arracher Mme la marquise d'Ornans au péril vers lequel, fatalement, elle marchait elle-même. Elle prétendait entrer seule dans cette maison minée et préserver à tout le moins les jours de la pauvre femme qui lui avait servi de mère.
Ce désir s'éveilla en elle si soudainement qu'elle fut sur le point de se trahir. Pour la réduire au silence, il fallut l'idée de Coyatier et la mémoire des mystérieuses promesses de cet homme, dont la perdition profonde avait des lueurs de repentir ou de générosité.
Elle avait cru au marchef, quand le marchef était là, devant elle; maintenant la figure du bandit lui revenait comme une sombre énigme.
Elle voulut lui laisser, pour le cas où son dévouement ne serait pas la suprême raillerie du destin, toute la possibilité d'action que donne un secret fidèlement gardé.
La marquise, certes, ne pouvait deviner tout cela; elle répéta, étonnée qu'elle était:
—Partir avant vous, ma fille! et pourquoi? Suis-je déjà de trop et ne pensez-vous point que j'aie le droit d'assister au moins à votre mariage?