—Qu'un homme soit frappé, ça se comprend, mais pour empoisonner quelqu'un...
—Il faut qu'il boive! s'écria Gondrequin. Ra, fla, droite, alignement! Je n'en avais jamais tant su à l'égard de cette aventure; mais le bon sens le dit: pour empoisonner quelqu'un, faut que ce quelqu'un-là boive!
—Et le juge, dit Échalot, qui revenait de son expédition, n'était pas venu là pour se rafraîchir, peut-être!
Il y avait de la reconnaissance dans le regard mouillé que Mme Samayoux tourna vers lui.
Échalot recula sous ce regard et appuya sa main contre son cœur. Dans l'auditoire, quelques voix dirent:
—Le fait est que le juge et les deux amoureux n'étaient pas vis-à-vis les uns des autres dans la position où l'on se dit entre amis: «Voulez-vous prendre quelque chose?» C'est louche.
—Avec ça, s'écria M. Baruque, qu'un homme qui trouve sa fiancée dans une pareille situation n'est pas dans le cas de tomber évanoui les quatre fers en l'air, s'il a de la délicatesse!
—Ça, c'est vrai, fit Gondrequin, mais après?
—Après?... avec ça que quand ils sont deux autour d'un quelqu'un qui ne peut pas se défendre, c'est bien malin de lui ouvrir le bec et de lui entonner ce qu'on veut! Et d'ailleurs est-ce qu'il n'y a pas toujours des manigances qu'on ne comprend pas dans les causes célèbres? c'est ce qui en fait le charme, et sans ça il n'y aurait pas besoin d'audience.
—Parbleu! approuva-t-on à la ronde.