Le nez de cet homme brillait comme un rubis par-dessus les plis d'une vaste cravate en laine tricotée; il portait un chapeau évasé par en haut et dont les larges bords se cambraient selon la forme dite bolivar.

Il avait aux mains des gants fourrés, une belle paire de lunettes d'or sur le nez et des socques articulés par-dessus ses souliers.

—Suis-je au bout de mes longs voyages? demanda-t-il en franchissant le seuil. Est-ce ici le séjour de madame veuve Samayoux, dite maman Léo, première dompteuse cosmopolite et directrice des Prestiges Parisiens réunis aux animaux féroces par privilèges de l'autorité?

Ceci fut débité avec une emphase moqueuse qui rappelait assez bien le ton de l'arracheur de dents, poussant son boniment entre deux «Allez-la-musique!»

Mme Samayoux mit sa main étendue au-devant de ses yeux un peu éblouis par les larmes.

—C'est moi la première dompteuse, dit-elle rudement, qu'est-ce que vous lui voulez?

Échalot, qui s'était reculé jusqu'à son lion, examinait le nouveau venu à la dérobée et se disait:

—Je ne le connais pas, cet oiseau-là, mais c'est drôle, il y a des têtes qu'on croit toujours avoir vues quelque part.

L'étranger repoussa la porte et fit quelques pas à l'intérieur de la baraque.

—Est-ce qu'on pourrait avoir l'avantage d'obtenir un tête-à-tête avec vous? demanda-t-il.