—Ceci est bien, murmura Valentine tout bas, continue.

Elle ajouta tout haut:

—Parce que je suis mieux comme cela; il me semble que tu me gardes.

—Tu as donc peur, chérie?

—Quelquefois, oui... je revois mon frère... Oh! comme je l'aurais aimé!... et mon père... tous deux livides, tous deux morts... J'ai sommeil, bonsoir!

Dans la position qu'elle avait prise, sa bouche était tout contre l'oreille de Mme Samayoux.

—Maintenant, ne me répondez plus, dit-elle, si bas que la dompteuse avait peine à l'entendre. Si vous restez bien immobile, comme il faut faire pour ne point éveiller une pauvre folle qui dort, cet homme ne se doutera même pas que je vous parle à l'oreille. Avez-vous bien serré le papier que je vous ai donné? Vous le lirez quand vous serez seule. Je ne suis pas folle, vous l'avez déjà deviné, et ce ne sont pas les juges qui menacent notre Maurice le plus terriblement. J'ai vu Maurice dans sa prison.

Ici la dompteuse laissa échapper un si brusque mouvement, que Valentine fit comme si elle s'éveillait en sursaut.

—Qu'as-tu donc? demanda-t-elle, à voix haute. J'étais déjà embarquée dans un beau rêve, le rêve que j'ai toujours dès que je m'endors.

—Moi, répliqua la veuve avec à-propos cette fois, c'était tout le contraire, je m'étais endormie aussi et j'avais un mauvais rêve.