«Qui avait apporté la lettre? Je songeai d'abord à Francesca, dont l'affection pour moi ne s'est jamais démentie et qui aimait tendrement Remy, mon frère...

«Je ne peux pas tout dire en une fois, bonne Léo, dit-elle ici en s'interrompant, vous saurez l'histoire de Remy en même temps que la mienne.

«Ce n'était pas Francesca Corona qui avait apporté la lettre, car elle me croit, comme les autres, privée de ma raison. Je n'ai pas osé me confier à elle. Ce n'était pas non plus Victoire, ma femme de chambre, qui était à vendre et qu'ils ont achetée.

«J'allai jusqu'à penser que la marquise elle-même...

«Pauvre femme! elle serait bien près de sa perte si elle donnait une pareille marque de clairvoyance. Elle n'est protégée que par son aveuglement.

«Ce n'était pas la marquise, ce ne pouvait être elle.

«Du premier coup d'œil, j'avais reconnu l'écriture de Maurice. La lettre disait: «En dehors de toi il n'y a au monde pour m'aimer que l'excellente maman Léo. Ma famille ignore peut-être où je suis, et que Dieu le veuille! mais si mon père et ma mère m'ont oublié, moi, je pense à eux sans cesse. Je ne veux pas que le nom de mes frères et sœurs soit déshonoré. Cherche maman Léo, trouve-la, et fais qu'elle m'apporte du poison. Je ne suis pas au secret, on peut me voir...»

«On pouvait le voir! dès lors il n'y eut plus en moi qu'une seule pensée.

«Mais à qui me fier dans cette maison?

«À tout le monde, sans doute, et au premier venu, car la lettre n'était pas tombée du ciel à mon chevet, et tout le monde, excepté la marquise, m'eût aidé à faire ce que la lettre me demandait.