Par la plus étrange interversion, qui modifie sa nature en l'élevant au rang littéraire, la Femme-auteur a changé tout cela[14]; aussi bien, la voulant caractériser, sera-ce peu que dire antimorale. C'est amorale qu'il faut substituer. Si la prédestination de la Femme, envisagée comme elle l'est par nos auteurs, à la façon d'une antique Fatalité, est bien de succomber dès l'instant qu'on l'attaque; si toujours elle doit, en vertu de la faiblesse inhérente à son être, «comme le fruit mûr tomber sur la prairie», qui ne voit que du même coup s'affaisse le ressort d'intérêt qui nous attachait à ses actes? Peut-être nous arrêterons-nous encore à quelques sujets de ces trop spéciales nosographies. Mais, du simple point de vue littéraire, en admettant que nous écartions des conséquences morales pourtant si attachantes, nous ne pouvons que regretter les anciennes complications sentimentales, qui faisaient contrepoids à l'instinct et créaient un rempart de toutes leurs défenses assemblées. Pour ce qui est du point de vue social, on voit assez maintenant quel ferment leur œuvre représente dans la dissolution des idées morales qui jadis ont mené le monde, et vers lesquelles il faudra bien qu'il se retourne un jour, faute d'une meilleure lumière pour le guider!

FIN


2241-08.—Tours, Imp. E. Arrault et Cie.



NOTES

[1] Cf. notre Roman de la Comédienne.

[2] C'était là une de ces formules chères à Gustave Moreau, qui revenaient fréquemment dans ses entretiens avec ses élèves, et qui se retrouvent dans les notes demeurées inédites où il fixait ses rêveries et ses pensées sur l'art.

[3] Voir dans nos Figures de Rêve, les pages sur Venise et Vérone, sous ce titre: Du jardin de Vérone, l'Art d'émotion à Venise. Dans nos Premiers Vénitiens également nous avons touché à cette question.