Mais!…

Est-il, autrement que par les lignes colorées, communicable, ce paradis? Par de là l'abord si facile des êtres, l'énigme réfugiée au fond des yeux! Et ce sourire: comme le dédain de mentir pour cacher un Secret qui, même proféré, ne saurait perdre son caractère fatal de Secret! Ainsi la Forêt tahitienne, elle aussi, néglige de se garder: ni serpents ni fauves et sa splendeur invite, mais c'est sa splendeur même, c'est sa miraculeuse splendeur qui la défend, polychrome et multiforme éblouissement qui voile d'éclat le mystère des fonds….

—Attends! intervient le Peintre: je t'aiderai à deviner. Je tâcherai que les tableaux te content leur histoire, la mienne, là bas, sans que les récits à l'oeuvre prétendent ajouter rien, que: soulever les franges d'infini qui relient entre eux les épisodes du poème, afin de te conduire, par le corridor de l'espace et du temps, à travers les souvenirs où se décompose en circonstances le rêve total.

Ecoute donc.

Mais n'oublie pas que tout artiste sincère est l'élève de son modèle.
Ainsi ai-je voulu faire, moi-même: je tenais le pinceau, les Dieux
Maories dirigeaient ma main.

Et prends garde: l'abord n'est pas si facile! Elle est épaisse, l'ombre qui tombe du grand arbre, et l'antre est formidable, qu'il masque. Elle est bien subtile et très fugace, bien fière et très savante, l'Eve dorée, et je n'ai pas inventé le mélange d'horreur et de joie qui fait le charme maorie.—Mais sais-tu, sans incertitude, sans regrets de jadis et terreurs de futur, sais-tu si la joie serait?

—Dites, qu'avez-vous vu?

II

LE CONTEUR PARLE

"Dites, qu'avez-vous vu?"