SIESTE

_Même la fleur de ses cheveux languit, et midi brûle Sur la mer dont l'eau lasse et lente avec langueur ondule Et miroite, et midi brûle dans les bois, et midi Brûle dans les cases. Pas un souffle. L'air engourdi, Pesant, sec, est fait de chaleur condensée et solide.

Tout semble mort. L'Ile est déserte, comme le ciel vide, Et dès longtemps a cessé l'agitation du port.

Tout dort. Sauf le soleil et ses chiens de flammes, tout dort.

Téhura dort, nue et seule sur sa couchette étroite. La fenêtre est close de rideaux lourds, mais sa peau moite s'étoile de points d'or fauve dans la demi-clarté, Et Téhura dort, à l'abandon, avec volupté.

Soudain, elle tremble, frissonne et frémit tout entière: L'esprit des morts veille! Téhura sent sur ses paupières Passer le vent de l'aile affreuse des Tupapaüs.

Puis le cauchemar s'évanouit et des songes doux Conduisent la dormeuse à la porte crépusculaire De la sieste. Elle entr'ouvre ses yeux: la fureur solaire Est apaisée, on renaît, on respire—et Téhura Se lève et vers la vie et vers l'amour tend ses beaux bras._

LE SOIR

_Voici le Soir qui vient dans la pourpre et l'or, ivre D'amour. C'est l'heure fraîche où se reprend à vivre Le peuple enfant, joyeux d'un avenir de nuit.

Et toute l'Ile, sur les rivages, au bruit Du vivo, des chansons, des rires assemblée, S'agite, folle, bavarde, bariolée,—Les femmes, le tiaré à l'oreille, les plis Du paréo tendus sur leurs reins assouplis, Le torse libre, aux tons de bronze et de bitume,—Et la mourante ardeur du couchant se rallume Aux brusques éclairs d'or qui sillonnent leur chair.