Le vent de l'éternel été s'endort dans l'air Vespéral. Le soleil, vieilli, vaincu, recule Devant la jeune lune au bord du crépuscule Se dressant, radieuse, et leurs feux, un moment, Sur la crête des flots qui dansent, mollement S'entrebaisent—et sur la tête solitaire De l'Aroraï, temple et sommet de la terre, D'où le rideau des bois dérobe à tous les yeux La gloire, la douleur et le secret des Dieux._

TUPAPAÜS

_Dans la nuit du monde
En gémissant
Les Tupapaüs font des rondes
En gémissant
Et leurs yeux sont rouges du sang
Des innocents.

Ouh ouh ouh
Les Tupapaüs
Aux yeux fous

Quand on dort
Ils entrent dans les cases
Sans ouvrir les portes
Et ce sont des morts
Qui parlent à voix basse
Et des mortes
A voix d'épouvante,
A voix basse,
Morts amoureux des vivantes
Qui laissent les filles lasses,
Mortes affamées
D'être aimées,
Qui laissent les garçons pâmés.

Ouh ouh ouh
Les Tupapaüs

Et ce sont dans la nuit d'orage
—Malheur à nous si tu les nommes!—
Les Indicibles des vieux âges
Qui viennent torturer les hommes
Impies,
Les Ineffables des époques accomplies,
Avec de grands visages roux,
Les orbites pleines de flammes,
Les dents longues comme des rames,
Et la foudre dit leur courroux:
Mais pour eux, ils ne parlent pas.
La Peur
Avertit qu'ils sont là
Et les montre,
Et la Douleur,
Quand les monstres
Impitoyables
Nous mordent au coeur,
Hurle le nom des Ineffables:
—Malheur à moi! malheur à toi!—
Les Atuas!

Ouh ouh ouh

Puis la nuit s'achève,
Bien longue, si brève!
Et les démons
Que l'aube irrite
Prennent la fuite
Vers les monts._

PAIA?