Je frappais avec joie, je m'ensanglantais les mains avec la rage heureuse, l'intense plaisir d'assouvir en moi je ne sais qu'elle divine brutalité. Ce n'est pas sur l'arbre que je frappais, ce n'est pas lui que je pensais abattre. Et pourtant j'aurais volontiers écouté chanter ma hache sur d'autres troncs encore quand celui-ci fut à terre.

Et voici ce que je croyais entendre ma hache me dire dans la cadence des coups retentissants:

Coupe par le pied la Forêt tout entière! Détruis toute la Forêt du Mal, Dont les sentences furent jetées en toi par des souffles de mort, jadis! Détruis en toi l'amour de Toi-même! Détruis et arrache le mal, comme, en automne, on coupe avec la main la fleur du lotus.

Oui, bien détruit, bien fini, bien mort, désormais, le vieux civilisé. Je renaissais,—ou plutôt en moi prenait vie un autre homme, un autre, pur et fort.

Cet assaut cruel serait le suprême adieu de la civilisation: du mal. Et ce dernier témoignage des instincts dépravés qui sommeillent au fond de toutes les âmes décadentes exaltait, par le contraste, jusqu'à la sensation d'une volupté inouïe la simplicité saine de la vie dont j'avais fait, déjà, l'apprentissage. L'épreuve intérieure serait celle de la maîtrise. Je respirais avidement la pureté splendide de la lumière. Un autre homme, oui: j'étais dès lors un bon sauvage, un vrai Maorie.

Et nous nous en retournâmes, Jotéfa et moi, à Mataïéa, péniblement et paisiblement, portant notre lourd poids de rose: noa noa!

Le soleil n'était pas encore couché quand nous arrivâmes devant ma case, bien fatigués.

Jotéfa me dit:

—Païa?

Je lui répondis: