On tremble à ton ombre, à ton ombre on n'ose
Pas vivre, l'homme est devenu morose,
L'amante mendie en vain des baisers
Et les frères ont été divisés.
Et plusieurs ont clos leur maison, de crainte
Que ton ombre entrât par la porte sainte
Et soufflât la mort sur les purs flambeaux
Que l'amour allume entre les berceaux.
Tu ne tiens debout que par l'artifice
Des démons, ô leur funeste complice,
Qui vont aiguiser, la nuit, s'évadant,
Sur l'enfant qui dort leur griffe et leur dent.
Mais moi, pénétrant dans ta pourriture,
Je délivrerai l'homme et la nature
De l'Arbre stérile et des vils esprits.
Le mort et le mal sont en toi: péris!
Afin que l'espoir dans les coeurs renaisse!
Afin qu'il y ait une autre jeunesse,
De nouvelles fleurs, encore un été,
Et que l'Amour règne avec la Beauté!
Périsse la Mort et vive la vie!
Je frappe et je suis sourde. Pleure, crie,
L'oeuvre est faite! L'aube a vaincu la nuit
Et l'Arbre de la Science est détruit._
IIII
_Dans la plaine et les monts, dans la mer et les îles, Et bien loin au fond des sept lieux dans l'au delà, Quand sur sa base enfin le géant oscilla, Un cri vibra de joie et d'attente fébriles;
Et quand, laissant dans l'air l'écho râlé d'un glas, Il accabla le sol de sa grandeur stérile, La tempête fondit sur le mort et de mille Promptes flèches de foudre et de sang le cribla:
Cependant que du tronc fuyait la foule affreuse Des démons expirants dont les voix douloureuses Clamaient vers la clarté:—Le Dieu Pan est vivant!