Le vent dans ma tête sonore
A rendu d'illustres oracles,
Et le crépuscule et l'aurore
Y font encore leurs miracles.

Sonne l'heure, soit! je succombe.
Mais je veux une fin sublime:
Les Dieux m'ont destiné pour tombe,
Creusé par la foudre, un abîme!

La Hache se levant et retombant toujours Répondait gravement à coups égaux et lourds:

Périsse la Mort et vive la Vie!
Non pas la pitié, mais l'horreur t'oublie:
Retourne à la nuit, messager d'effroi,
Car l'odeur du mal émane de toi.

Car tu n'as plus rien de l'aïeul splendide
Qui verdoyait clair sur le ciel limpide,
Debout dans sa grâce et dans sa vigueur,
Somptueux bouquet d'une seule fleur.

On le vénérait, lui, l'Ancien, le Sage!
Ses rameaux puissants, sur le paysage
A leur ombre sûre au loin abrité,
Avec la fraîcheur versaient la bonté.

Quel Dieu malfaisant, par quelle nuit morne,
Dressa ton opprobre, ô fatale borne
Que la peur signale et signe le deuil,
Aux lieux où fleurit tant de juste orgueil!

Il ne sort de toi que bruits de mensonges.
Des exhalaisons putrides de songes
Empoisonnent l'air que tu respiras.
La haine et la peur ont crispé tes bras.

La haine et la peur suintent dans tes plaies.
Tu blesses le jour et tu nous effraies
Comme une menace et comme un affront
Dont nous portons tous le stigmate au front.

Périsse la Mort et vive la Vie!
Tu tins trop longtemps la plaine asservie
A l'autorité d'un passé nié
Par ton propre spectre, Arbre humilié.