Ah, source d'Autrefois qui chantes, je t'entends, Source mystérieuse, eau divine des temps, Et maintenant que sur la plaine et sur mon âme L'Arbre maudit ne verse plus son ombre infâme—Remords et désirs, mots et fumée—occident—Je viens à toi, l'esprit calmé, le coeur ardent, Déjà riche de tes bienfaits. Mère, ô Nature, Pour t'offrir fièrement l'âme que tu fis pure.
O Rêve oriental de Vivre! O donne-moi Asile au jardin clair du Nouvel Autrefois, Dans la patrie où j'ai choisi ma destinée. Au bord des flots où cette âme réelle est née, Où, dans la vérité et dans la volupté, Tout est beauté—tout est bonté—tout est clarté._
VI
LE CONTEUR PARLE
Depuis quelque temps, je m'étais assombri. Mon travail s'en ressentait. Il est vrai que beaucoup de documents essentiels me faisaient défaut; je m'irritais de me voir réduit à l'impuissance en face des plus passionnants projets d'art.
Mais c'est la joie surtout qui me manquait.
Il y avait plusieurs mois que je m'étais séparé de Titi, plusieurs mois que je n'entendais plus ce babil puéril et chantant de la vahiné me faisant sans cesse, à propos des mêmes choses, les mêmes questions, auxquelles je répondais invariablement par les mêmes histoires.
Et ce silence ne m'était pas bon.
Je me décidai à partir, à entreprendre autour de l'Ile un voyage dont je ne m'assignais pas d'une façon précise le terme.
Tandis que je faisais mes préparatifs—quelques paquets légers pour les besoins de la route—et que je mettais en ordre mes études, mon voisin et propriétaire, l'ami Anani, me regardait avec des yeux inquiets. Après de longues hésitations, des gestes commencés, inachevés, et dont la signification très claire m'amusait et me touchait tout à la fois, il se décida enfin à me demander si je me disposais à m'en aller.