—Non, lui dis-je, je vais faire une promenade de quelques jours seulement. Je reviendrai.
Il ne me crut pas et se mit à pleurer.
Sa femme vint le rejoindre et me dit qu'elle m'aimait, que je n'avais pas besoin d'argent pour vivre parmi eux, qu'un jour, si je voulais, je pourrais reposer pour toujours—là: elle me montrait, près de sa case, un tertre, décoré d'un arbrisseau.
Et j'eus tout à coup le désir de reposer pour toujours—là. Du moins personne, l'éternité durant, ne viendrait m'y déranger…
—Vous autres, Européens, ajouta la femme d'Anani, vous êtes étranges! Vous venez, vous promettez de rester, et quand on vous aime vous partez! C'est pour revenir, assurez-vous; mais vous ne revenez jamais.
—Eh bien! je puis jurer, moi, que mon intention est de revenir, cette fois. Plus tard (je n'osai mentir), plus tard, je verrai.
Enfin on me laissa partir.
M'écartant du chemin qui suit le bord de la mer, je prends un étroit sentier, à travers un fourré profond. Le sentier me conduit assez loin dans la montagne, et j'atteins, au bout de quelques heures, une petite vallée dont les habitants vivent à l'ancienne mode maorie.
Ils sont heureux et calmes. Ils rêvent, ils aiment, ils sommeillent, ils chantent,—ils prient, et il ne semble guère que le christianisme ait pénétré jusqu'ici. Je vois distinctement, bien qu'en réalité elles aient depuis longtemps disparu, les statues de leurs divinités. Statues d'Hina, surtout, et fêtes en l'honneur de la déesse lunaire! L'Idole, d'un seul bloc, a dix pieds d'une épaule à l'autre et quarante pieds de hauteur. Sur la tête elle porte, en forme de bonnet, une pierre énorme, de couleur rougeâtre. Autour d'elle on danse selon les rites d'autrefois—matamua—et le vivo varie sa note, claire et gaie, mélancolique et sombre, selon la couleur des heures …
Je continue ma route.